Posté par aeq
le
Baudelaire, Rutebeuf, Verlaine, Villon, Aragon rimaient en mètre et étaient d’immenses poètes.
D’autres font du vers libre et ne sont pas moins immenses.
Mais les uns et les autres ont une oreille qui les dispense de compter sur leurs doigts.
Quand ils veulent huit syllabes dans un vers, elles y sont, point.
Parce que la métrique n’est pas une arithmétique, elle est une musique.
Les rythmes, les ruptures de rythme, les retours de sonorités, les jeux de correspondances sonores (qui circulent aussi à l’intérieur des plus beaux vers, et pas seulement à la rime) participent de cette musicalité.
A cela j’ajoute que les règles «bien comprises» (condition sine qua non pour être en mesure de les enfreindre) sont elles-mêmes sources d’images inattendues, de rapprochements qu’un coulé «naturel» de la langue n’aurait jamais produits.
En ce sens, la règle classique (par exemple) n’est rien d’autre qu’un procédé «oulipien» avant la lettre !
Ceux qui, au nom de la poésie opposée à la règle, ou à la métrique, ou à la prosodie, et que sais-je encore, veulent empêcher les autres de «compter leurs syllabes» en rond ne sont pas plus poètes que les précédents : ce sont des censeurs patentés.
Mais Ferré ne visait pas ceux qui maîtrisent les règles : il visait ceux qui les appliquent mécaniquement.
Inversement, la prétendue caducité de la règle sert trop souvent de prétexte à tronçonner de la prose n’importe comment et à la rebaptiser «vers».
Que chacun fasse comme il l’entend, avec ou sans mètre, avec ou sans rime : la seule bonne façon d’écrire est celle qui permet à tel ou tel de trouver sa voix, ses mots, son verbe.
Bien sûr, il est souhaitable que cette voix soit audible par d’autres, sans quoi, à quoi sert de publier ?
Jean-Mi, puisque vous lancez le débat, je vous emprunterai l’exemple de votre texte «Bonsoir» qui est un vrai poème chargé d’images, de sensations, de mélancolie, sans mètre ni rime. J’écris cela en restant, à titre personnel, attaché à mes vers réguliers.
À mon sens, le débat qui cherche à opposer le mètre, ou la rime, à la poésie, est donc parfaitement stérile.
Je continuerai à respecter le vers libre chez ceux qui le maîtrisent et à m’en abstenir pour ma part parce qu’il n’est pas le moyen d’expression qui me convient.
Pour élargir mon propos, sachez que mon premier champ d’expression est le dessin. Eh bien ! m’interdire de rimer ou de métrer reviendrait à m’imposer l’appareil photo alors même que je suis et reste un dessinateur, sous le fumeux prétexte que «le dessin, c’est has been».
D’autres font du vers libre et ne sont pas moins immenses.
Mais les uns et les autres ont une oreille qui les dispense de compter sur leurs doigts.
Quand ils veulent huit syllabes dans un vers, elles y sont, point.
Parce que la métrique n’est pas une arithmétique, elle est une musique.
Les rythmes, les ruptures de rythme, les retours de sonorités, les jeux de correspondances sonores (qui circulent aussi à l’intérieur des plus beaux vers, et pas seulement à la rime) participent de cette musicalité.
A cela j’ajoute que les règles «bien comprises» (condition sine qua non pour être en mesure de les enfreindre) sont elles-mêmes sources d’images inattendues, de rapprochements qu’un coulé «naturel» de la langue n’aurait jamais produits.
En ce sens, la règle classique (par exemple) n’est rien d’autre qu’un procédé «oulipien» avant la lettre !
Ceux qui, au nom de la poésie opposée à la règle, ou à la métrique, ou à la prosodie, et que sais-je encore, veulent empêcher les autres de «compter leurs syllabes» en rond ne sont pas plus poètes que les précédents : ce sont des censeurs patentés.
Mais Ferré ne visait pas ceux qui maîtrisent les règles : il visait ceux qui les appliquent mécaniquement.
Inversement, la prétendue caducité de la règle sert trop souvent de prétexte à tronçonner de la prose n’importe comment et à la rebaptiser «vers».
Que chacun fasse comme il l’entend, avec ou sans mètre, avec ou sans rime : la seule bonne façon d’écrire est celle qui permet à tel ou tel de trouver sa voix, ses mots, son verbe.
Bien sûr, il est souhaitable que cette voix soit audible par d’autres, sans quoi, à quoi sert de publier ?
Jean-Mi, puisque vous lancez le débat, je vous emprunterai l’exemple de votre texte «Bonsoir» qui est un vrai poème chargé d’images, de sensations, de mélancolie, sans mètre ni rime. J’écris cela en restant, à titre personnel, attaché à mes vers réguliers.
À mon sens, le débat qui cherche à opposer le mètre, ou la rime, à la poésie, est donc parfaitement stérile.
Je continuerai à respecter le vers libre chez ceux qui le maîtrisent et à m’en abstenir pour ma part parce qu’il n’est pas le moyen d’expression qui me convient.
Pour élargir mon propos, sachez que mon premier champ d’expression est le dessin. Eh bien ! m’interdire de rimer ou de métrer reviendrait à m’imposer l’appareil photo alors même que je suis et reste un dessinateur, sous le fumeux prétexte que «le dessin, c’est has been».

